Accueil > Télémédecine en EHPAD : une psychologue y a régulièrement recours, pourquoi ?

Nadège Labeyrie est psychologue depuis 13 ans en EHPAD, dans deux établissements d’environ 70 lits chacun, dans le Tarn, à LEHPAD AGIR à Castres et à Puylaurens. Son rôle est d’accompagner les résidents et familles, en individuel et en collectif, ainsi que de sensibiliser les professionnels sur les thématiques de la psychogériatrie.

Nous l’avons rencontrée pour échanger autour de ses usages en télémédecine et de son retour d’expérience sur la plateforme régionale de télémédecine TéléO. Nadège Labeyrie a commencé à utiliser la télémédecine via la plate-forme TéléO en mode expérimental, dans le cadre du programme régional PASTEL dès 2018.

Pourquoi utilisez-vous la télémédecine en EHPAD ?

J’utilise la télémédecine pour la gestion de situations complexes, médicales ou comportementales, depuis 6 ans. Toute l’équipe est sensibilisée à cette pratique. Lors de réunions pluridisciplinaires, l’équipe a le réflexe de proposer une téléconsultation pour une situation. L’initiative vient aussi bien des infirmiers que des aides-soignants.

“ C’est facilitant et cela apporte des solutions rapides, une réflexion, de la prise de hauteur. La téléconsultation a pu nous permettre de désamorcer des situations complexes avec des familles qui refusaient un diagnostic. Le fait d’entendre et d’échanger avec un spécialiste a facilité les échanges.”

Parfois, mes collègues infirmiers sont amenés à faire appel à des télé-expertises sur des cas complexes de pansement, en envoyant des photos pour permettre la mise en place de protocoles spécifiques. Ou lors de douleurs très aigües avec prises en soins complexes, le médecin traitant peut nous demander un appui par télé-expertise pour éviter de déplacer le patient et permettre ainsi une prise en soins plus ciblée et donc plus personnalisée.

Après une télé-expertise, nous reprogrammons, si nécessaire, un point au bout d’un mois. Cela permet de voir comment la situation a évolué et de réadapter si nécessaire notre prise en soins tant médicalement, comportementalement, qu’au niveau non médicamenteux.

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téléconsultations/mois en moyenne en 2023 à l’EHAD AGIR
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téléconsultation/mois en moyenne en 2023 à Puylaurens

En somme, la télémédecine a plusieurs bénéfices :

  • obtenir des RDV plus rapidement, par exemple pour organiser des hospitalisations de jour, ou pour regrouper plusieurs rendez-vous médicaux sur la même journée.
  • éviter les hospitalisations :
    – en adaptant les traitements médicamenteux et non médicamenteux,
    – en aiguillant le médecin traitant sur de nouveaux traitements,
    – en faisant du préventif, pour prévenir l’augmentation des troubles du comportement.
  • éviter le déplacement du résident et permet de limiter le coût financier du déplacement pour la famille.

Comment organisez-vous la télémédecine en EHPAD ?

Nous sollicitons principalement l’équipe de gériatrie du CHIC, avec l’accord du médecin traitant du résident. La famille est systématiquement informée en amont et en aval. L’usage de la télémédecine est noté dans le livret d’accueil de l’établissement et fait partie du contrat de séjour. Nous avons déjà fait des téléconsultations avec des familles, lorsque la personne ne pouvait pas se déplacer pour une consultation avec le gériatre de suivi ou lors de la mise en place de protection judiciaire. Dans ces cas précis, la famille peut y assister, si le médecin gériatre l’expert mandaté par le tribunal le souhaitent. Pour une télé-expertise, les infirmiers appellent la famille ou envoient le compte-rendu.

Pour les téléconsultations ou télé-expertises, nous faisons participer un infirmier et un aide-soignant. Cela permet d’exprimer les difficultés rencontrées dans la prise en soins. C’est aussi un bon moyen pour impliquer l’ensemble de l’équipe.

Nous avons pu voir les équipes monter en compétences grâce aux échanges avec les médecins gériatres. Il y a un vrai partage de compétences, c’est une vraie plus-value pour nous tous. En ce qui me concerne, en tant que psychologue, j’ai acquis des compétences autour de la compréhension des effets secondaires médicamenteux afin de mieux observer et accompagner les troubles du comportement lorsque l’approche non médicamenteuse n’est pas suffisante.

De plus, se voir permet de voir les visages, c’est moins impersonnel que par téléphone et les échanges créent des liens de confiance.

“Il est important de voir les télé expertises comme l’accès direct à des experts médicaux nous permettant un avis extérieur, de prendre du recul, d’analyser notre prise en soins par les équipes pluriprofessionnelles pour répondre au mieux aux situations les plus complexes.”

Pouvez-vous nous décrire concrètement comment vous utilisez TéléO ?

En tant que psychologue, je peux facilement remplir le dossier de demande (après avoir obtenu l’accord du médecin et de la famille), mais mes collègues IDEC, médecin coordinateur, ou IDE peuvent eux aussi remplir la demande : il suffit de l’avoir pratiqué une fois pour en comprendre rapidement son utilisation.

Je recueille les données sur le résident : les transmissions des 15 derniers jours, traitements médicamenteux, les pathologies, un NPIES (test troubles du comportement). Je prépare cet exposé de la situation en amont de la téléconsultation.

Je me connecte à TéléO avec mon identifiant. Il me faut 10 minutes maximum pour créer le dossier patient. Je remplis seulement les champs obligatoires avec l’astérisque rouge. Il est important de bien décrire la situation. J’indique ce que l’on attend de la téléexpertise.

Je télécharge les documents dans TéléO et je coche nos jours de disponibilités, tout autant pour moi en tant que psychologue, pour le médecin coordinateur et l’infirmière coordinatrice. J’envoie ensuite la demande. En général, j’ai un retour sous 1 semaine.

L’inquiétude était la question du temps. Les soignants craignaient que cela prenne trop de temps mais il n’y a pas de temps perdu car ce temps dédié va permettre une meilleure prise en soins du résident.

“L’inquiétude était la question du temps. Les soignants craignaient que cela prenne trop de temps mais il n’y a pas de temps perdu car ce temps dédié va permettre une meilleure prise en soins du résident.”

Nous pouvons aussi recevoir les ordonnances sur le logiciel ou via Medimail, pour faciliter notre travail et celui du médecin traitant.

Nous avons une salle télémédecine dédiée avec un écran, car cela était nécessaire avec l’ancien système. Avec la nouvelle version TéléO, nous pouvons simplement utiliser un ordinateur portable avec une caméra. Tout fonctionne normalement aujourd’hui. Au début, nous avons rencontré des problèmes techniques de connexions avec internet, des difficultés avec le son, la caméra.

Quels conseils donneriez vous aux futurs utilisateurs de TéléO ?

Au moment de la téléconsultation, il vaut mieux avoir le logiciel métier en accès direct ou avoir édité en papier les éléments pour présenter la situation du résident au médecin. On édite le traitement, tous les documents envoyés. Cela permet d’être plus fluide.

Essayer de faire participer les équipes : au moins un infirmier du service et un aide-soignant, dans la mesure du possible. Il n’est pas nécessaire que l’aide-soignant soit présent sur la totalité de la téléexpertise, mais inclure l’équipe de terrain est important. Nous sommes tous des maillons de la chaine de la prise en soins de nos personnes âgées accompagnées. Les aides-soignants au contact proximal avec les personnes âgées peuvent observer des détails importants à donner aux médecins gériatres.